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Mme Charlet a parrainé Jean-Marie Le Pen en 2002 parce qu'elle trouvait "normal qu'il puisse se présenter". "Le Pen représente pas mal d'électeurs. Dans ma commune, il a fait 47 voix. Le vote Front national est une sorte de protestation. Les militants du FN sont venus me voir les premiers. J'ai dit "pourquoi pas ?". J'ai signé une promesse. Puis j'ai voulu me rétracter. Mais ils ne m'ont pas lâchée. Ils ont fait pression sur moi. J'ai signé. J'ai fait cela comme un acte de démocratie. Je ne savais pas que mon nom serait divulgué. Je pense qu'il faut changer ce système de parrainage." Mme Charlet ne sait pas si d'autres élus de l'Oise ont signé. "Entre maires, on n'en parle jamais."
Aristide Bonnaffoux, maire de Risoul, station de ski dans les Hautes-Alpes, qui compte 622 habitants. Cet ancien agriculteur a donné son parrainage au candidat du FN en 2002. Il est peu disert sur cet épisode. "Je n'ai pas honte de dire que j'ai signé pour Jean-Marie Le Pen en 2002. Il me semblait le plus capable sur certains sujets. Mais je me suis fait remonter les bretelles par mon conseil municipal. Toutes les tendances politiques y sont représentées. Je me suis aussi attiré des réflexions dans la population. Pourtant, je laisse chacun, dans ma commune, libre de se décider. Aujourd'hui, je ne veux pas d'ennuis, je ne parraine personne. Je vais bientôt prendre ma retraite. Je ne souhaite pas m'étendre davantage sur ce sujet."
André Micheli, maire de San-Giuliano, en Haute-Corse, "depuis près d'un demi-siècle". Son premier mandat de maire remonte à 1965. Auparavant, cet ancien agriculteur, âgé de 80 ans, était adjoint dans cette commune de 643 habitants. En 2002, il a apporté son parrainage à M. Le Pen et a fait de même cette année. "Je n'ai pas voté Le Pen. Mais je pense que c'est le moins magouilleur. Il dit des vérités que les autres hésitent à dire. Je ne suis pas raciste, mais si on laisse venir des gens de n'importe où en trop grand nombre, ce sera autant de travail en moins pour les Français." San-Giuliano est un village qui s'étend sur plusieurs hameaux. Il accueille une station expérimentale de l'INRA consacrée à la culture des agrumes. Le vote Le Pen y est faible : "5 ou 6 votants en 2002", selon le maire. M. Micheli n'a que faire des critiques. "Une fois, une femme m'a demandé s'il était vrai que j'avais parrainé Le Pen. Je lui ai répondu : "Oui, et je suis prêt à le refaire !" Je suis de ceux qui prennent leurs responsabilités. Pour moi, Le Pen est un patriote. Je trouve normal qu'il puisse se présenter. Je n'ai pas eu d'ennuis suite à mon parrainage. Et je me fiche de ce que peuvent dire les gens." André Micheli envisage de briguer un nouveau mandat en 2008.
Philippe Varsi, maire de Conques, village de l'Aveyron célèbre pour son abbatiale romane. A 50 ans, il est encarté à l'UDF, mais a parrainé Le Pen en 2002. "Je venais d'être élu maire. Les gens du FN ont été les premiers à me solliciter. Ils sont venus d'Alès exprès. Je leur ai dit que je donnerais la 500e signature si elle manquait ! J'ai donc signé. Là-dessus, Le Pen est arrivé au deuxième tour. Ça a été le massacre ! La presse locale s'en est emparée. Une pétition a circulé contre moi. L'ancien maire en a profité pour essayer de me déstabiliser."
M. Varsi, qui travaille à Gaz de France, déplore que le parrainage soit assimilé à un vote. "Si j'avais donné mon parrainage à Besancenot ou à Laguiller, je n'aurais eu aucun problème. Aujourd'hui encore, cinq ans après, on me ressort mon parrainage de 2002 : "Tiens, c'est le maire qui a signé pour Le Pen !" Je pense qu'il faut changer la loi sur les parrainages. Cette année, je veux être tranquille. J'ai parrainé François Bayrou. Je ne suis plus emmerdé. En plus, stratégiquement, c'est dans l'intérêt de mon parti que Le Pen n'ait pas ses signatures." Conques, avec 302 habitants, est une commune de sensibilité plutôt centriste. Le Pen y fait des scores inférieurs à la moyenne nationale. M. Varsi a bien l'intention de se représenter en 2008.
Pierre Fauvel, maire de Saint-Côme-du-Mont, 600 habitants, dans la Manche. Il a apporté son parrainage à Jean-Marie Le Pen en 2002 et l'a refait cette année. C'est une affaire de conviction. "Je suis, depuis très longtemps, admirateur du chef du Front national. C'est un personnage très clairvoyant. Il ne s'est pas trompé sur l'avenir de notre pays." Maire sans étiquette depuis 1984, se considérant comme "de droite", M. Fauvel, 58 ans, s'est présenté aux cantonales en 2004 sous l'étiquette FN. Il n'a pas été élu, mais a recueilli 65 % des voix dans son village. Saint-Côme-du-Mont est une commune rurale, avec quelques exploitations agricoles et des élevages de chevaux. Pas d'immigrés, pas de quartiers difficiles. "Nous sommes de plus en plus confrontés à la délinquance, affirme M. Fauvel. Ma commune est située à côté de Carentan, ville de 7 000 habitants. Il ne se passe pas une semaine sans que les gendarmes ne viennent pour un cambriolage ou autre chose du même genre. De toute façon, il suffit d'allumer son poste de télé pour voir dans quel monde nous vivons. J'ai dans ma commune quelqu'un qui tenait un commerce au Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie. Il a été contraint de fermer boutique, parce que cela devenait invivable. Même dans les communes rurales, ce sont des choses qui se savent..."
M. Fauvel déclare n'avoir pas subi de représailles après son choix de parrainer Le Pen en 2002. "Mes collègues maires m'avaient dit : "Tu vas te faire mal voir au conseil général. Tu vas te ramasser aux élections." Mon conseiller général n'a jamais abordé le sujet avec moi. Nous nous entendons bien même si nous n'avons pas les mêmes idées. Il est chez les Verts." Ce commercial de profession se présente comme "quelqu'un qui n'a pas froid aux yeux". "Je regrette que beaucoup de maires n'aient pas le courage de faire comme moi. J'en connais qui votent Le Pen, mais qui ne veulent surtout pas que ça se sache."
source : Le Monde.fr