Pour les non-initiés au langage alambiqué de lassemblée de Bruxelles, cela signifie tout simplement que le PE appelle les négociateurs à reprendre lintégralité des dispositions neuves de la Constitution européenne, au mépris total de la voix démocratique quont fait entendre les Français et les Hollandais. Mais, attention, le Parlement européen sera disposé à une concession de taille : dans sa magnanimité, il serait prêt à renoncer au nom de « Constitution ». Voilà qui rassurera sans aucun doute les citoyens des deux pays !
Bien entendu, les résolutions de ce type nont aucune valeur contraignante pour les Etats. Elles sont simplement des pétitions de principe au moyen desquelles le PE entend influencer les gouvernements nationaux et tracer la route de la prétendue démocratie supranationale à venir.
Purement incantatoires, ces résolutions nen sont pas moins odieuses, puisquelles contestent une fois de plus, au nom dune conception de la démocratie prétendument supérieure à la démocratie nationale, le droit fondamental individuel et collectif des citoyens à disposer deux-mêmes.
Souvenez-vous, cest exactement le même argument quinvoquaient les idéologues de la constitution soviétique de 1936 : « Face aux démocraties bourgeoises formelles, lURSS incarne une démocratie en devenir dune qualité bien supérieure, ce qui justifie bien sûr quelques petites entorses aux principes fondamentaux. La démocratie radieuse de demain mérite bien quon bafoue celle, pourrie, daujourdhui ! » Discours combien de fois entendu dans la bouche de dictatures en mal de légitimité
Mais le vrai scandale, cest lindifférence polie que suscite, au mieux, ce genre de discours dans une classe politique et médiatique complaisante ou paresseuse. Lors dun débat à la radio au moment de ladoption de la directive Bolkestein soi-disant expurgée de ses défauts les plus criants (le principe du pays dorigine, notamment), un journaliste en vue mavait confié en « off » quil navait « naturellement » pas lu le projet de résolution et quil en ignorait jusquau contenu, se bornant à faire confiance aux rapporteurs du projet ! Drôle de quatrième pouvoir, à en faire se retourner dans sa tombe celui qui fut linventeur de ce concept.
Quant aux eurodéputés français, lorsquils siègent à Bruxelles, cest la plupart du temps pour prêter main forte à des résolutions scandaleuses comme celle du 7 juin. Dailleurs, à lheure où je vous écris, les minutes du Parlement européen semblent préciser quaucun dentre eux nétait présent dans lhémicycle lors de ce vote.
De ce bal dhypocrites provient une grande part du flou démocratique européen, dont ceux qui sen lamentent le plus bruyamment sont bien souvent les premiers à lentretenir !
En se battant pied à pied ces prochains mois contre tout nouveau traité qui aggraverait les dérives européennes actuelles au lieu de les corriger, cest cette comédie parlementaire que jentends dénoncer auprès de nos concitoyens. Mais aussi son danger !
Labstention massive et presque narquoise que les Français réservent à chaque élection européenne, montre bien quils naccordent aucun crédit au Parlement de Bruxelles. Mais ils nont quà moitié raison, car ce dernier joue un rôle réel, et de plus en plus grand, dans des décisions économiques et sociales majeures pour leur vie quotidienne.
Jespère ainsi que ce vote, après ceux sur lIrak, la directive Bolkestein, la disparition du siège permanent de la France au Conseil de Sécurité des Nations Unies, contribuera à faire prendre conscience aux Français de limportance réelle des futures élections européennes de 2009 : pour faire valoir vos aspirations et défendre la démocratie, aux urnes citoyens !
*Nicolas Dupont-Aignan, Député de l'Essonne, est Président de "Debout la République !"