Monsieur le Président du Conseil et de la République française,
Nous discutons des soins palliatifs à apporter au malade, mais nous sommes bien discrets sur les causes de la maladie !
Comment ? Aucune institution de lUnion na vu venir la crise actuelle : ni le Conseil, ni la Commission, ni la Banque Centrale, ni dailleurs notre Parlement ! Crise prédite il est vrai par une poignée seulement déconomistes comme le prix Nobel Maurice Allais, et de responsables politiques de notre famille desprit comme, une fois de plus Jean-Marie Le Pen, vox clamantis in deserto, hélas !
La crise est cependant dévidence celle du système euro-mondialiste, du libre-échange sans frein, du terrifiant découplage entre les fictions financières et nos réalités économiques et industrielles déclinantes, qui pourraient demain faire lobjet de raids de « fonds souverains » dEtats tiers profitant de la situation actuelle.
Votre activité même, M. le Président, témoigne de linadaptation de lUnion à résoudre la crise quelle na pas su, pas voulu, ou pas pu prévoir : réunion à quatre (et non à 27 !) le 4 octobre, réunion bilatérale avec la seule Allemagne le 11, réunion des seuls membres de lEurogroupe (zone Euro) le 12, réunion avec le Président des Etats-Unis dAmérique le 18, pour le convaincre dorganiser encre une autre réunion, théoriquement refondatrice du Système, à laquelle, si lon compte bien, ne seraient conviés que six des 27 Etats de lUnion, avec les USA, le Japon, la Russie, lInde et la Chine !
Je ne préjuge pas de lutilité de ces réunions ; je dis quil sagit là du retour à une diplomatie bilatérale ou multilatérale qui montre bien que, privée de réactivité, empêtrée dans des normes bureaucratiques, boulimique de compétences quelle nest pas capable dexercer, lUnion est un cadre dépassé. Le compte-rendu du Conseil européen en témoigne, si lon sait lire entre les lignes ; il ratifie votre initiative ; il supplie à mots couverts la Banque Centrale Européenne de desserrer un peu létau des critères de Maastricht, mais il ne décide rien.
Vous avez aussi évoqué la situation en Géorgie et vos efforts pour diminuer la tension dans cette région. Vous réfutez à juste titre lidée dune nouvelle guerre froide, mais cette crise nest pas arrivée toute seule ! Comment ne pas voir que la reconnaissance unilatérale du Kossovo, contre la légalité internationale, pavait la voie à la reconnaissance par la Russie de lindépendance de lAbkhazie et de lOssétie du Sud ? Et à quoi rime lextension indéfinie de lOTAN sous contrôle américain alors que le pacte de Varsovie a disparu ?
M. le Président, la voie à suivre est différente : elle nexclut ni la concertation européenne ni la coopération industrielle, culturelle, ou autre. Mais elle implique une rupture radicale avec le système mondialiste, la complète remise en cause des bienfaits prétendus du brassage universel des personnes, des marchandises et des capitaux, la défense non équivoque de nos indépendances et de nos identités. Ce nest pas sisoler : cest au contraire la condition du retour de linfluence de nos nations dans le monde.