LA GRANDE CRISE SYSTEMIQUE
par Sylvain GLIOZZO, membre de la direction politique de Convergences nationales
George Soros écrivait en avril 2008 (notez bien, en avril 2008!) : Nous sommes au milieu dune crise financière comme nous nen avons plus connu depuis la Grande Dépression des années 1930. [
]Elle nest pas limitée à telle ou telle société ni tel ou tel segment du système financier; elle a conduit le système tout entier au bord de la rupture, et les autorités ont le plus grand mal à la maîtriser. Elle sera lourde de conséquences. Les choses ne reprendront pas leur cours; nous vivons la fin dune époque.
Par cupidité et par un inexplicable laisser-faire des autorités, les professionnels américains du crédit aux particuliers, défiant les règles bancaires les plus élémentaires, sont responsables de ce qui apparaît dores et déjà comme le plus effarant des désastres financiers.
Seule lhistoire sera un jour capable de chiffrer les dégâts. Les sommes en jeu sont une insulte à lesprit. Sagissant du système financier international lunité est le milliard de dollars et on se les jette à la figure par milliers. Mais quen est-il de léconomie réelle, quen est-il de la destruction de centaines de milliers demplois à travers le monde? Oui, cest la grande crise systémique. Systémique parce quelle sest répandue au système dans sa globalité.
Comment un tel désastre a pu se produire? Pourquoi les instances de régulation, les banques centrales qui connaissaient la partie immergée de ce monstrueux iceberg dès le mois daoût 2007 nont pas réagi? Si les premiers et seuls responsables sont les Américains, on peut sinterroger sur la légèreté de certaines banques européennes quand on connait leur rigueur danalyse, particulièrement celle des Suisses et des Allemands pris dans la nasse. Quen est-il de la théorie des anticipations rationnelles des marchés financiers quon nous enseigne dans nos universités et nos grandes écoles de commerce? Quen est-il des produits financiers synthétiques sensés protéger du risque et des modèles mathématiques qui leur sont attachés?
Ces questions resteront en suspens tant quun procès ne sera pas instruit contre cette bande de malfaiteurs cupides qui armés dun surin et pour quelques centaines de millions de dollars ébranle lédifice de la prospérité jusque dans ses fondations. Pourquoi nexiste-t-il pas de tribunal pénal international pour crime contre la prospérité ?
Comment tout ceci est arrivé ?
1er acte
Octobre 2002, Bush propose de faciliter laccès à la propriété pour 5 millions dAméricains issus des minorités.
Juillet 2003, le taux directeur de la FED est historiquement bas. 1% pour le refinancement à court terme des banques (le taux dintérêt réel corrigé de linflation a été négatif pendant 31 mois consécutifs). Il fallait favoriser de nouveaux débouchés à ce crédit facile à trouver. Les prêteurs hypothécaires à lorigine de la catastrophe ont décidé non seulement de prêter aux
· Primes, emprunteurs à la solvabilité sans risques particuliers, mais également aux
· Alt-A, emprunteurs dont lhistorique en matière de remboursement est satisfaisant mais sans autre renseignements notamment sur leurs revenus. Et pour finir aux
· Subprimes, emprunteurs au dossier des plus minces, sans véritables renseignements. Le cas extrême est atteint par les prêts dits ninja, no income, no job, no assets (ni revenus, ni emploi, ni actifs).
Dans cette dernière catégorie, la plupart des gens savaient par bon sens quil leur était impossible demprunter mais les malfaiteurs, cest-à-dire les courtiers et les banques, ont rivalisé dingéniosité pour encourager ces pauvres locataires à gravir un degré dans léchelle sociale. Cela représentait pour ces intermédiaires un océan de commissions et de frais bancaires. Comment pousser ces foyers à devenir propriétaires malgré eux? En proposant pour une première période, un an, deux ans, un taux fixe alléchant, en anglais teaser, aguicheur, voire allumeur. Ensuite, le taux devient révisable sur une base très élevée. Pour la majorité des clients, des pratiques commerciales trompeuses ont occulté les conséquences néfastes pour eux dès la fin de la 1ère période a fortiori en cas de hausse des taux.
Mais ce nest pas tout. Aux Etats-Unis, lhypothèque est rechargeable. Pour faire simple, le bien vaut 100, on emprunte 100. Le bien est réévalué, disons 2 ans après à 120, on peut emprunter 20 de plus en permettant aux intermédiaires de reprendre quelques commissions au passage.
Cest ainsi que la bulle immobilière monstrueuse sest formée. Nous venons de parler du crédit aux particuliers mais bien entendu cette fièvre a de la même manière touché le commerce, les services et lindustrie par notamment une explosion des LBO.
2ème acte
Dès les premiers signes imperceptibles du retournement, les banques ont voulu se débarrasser de leurs hypothèques les plus risquées. Comment faire? Les titriser, cest-à-dire en faire des actifs négociables soit de gré à gré soit sur un marché règlementé. Mais il fallait noyer le poisson, faire en sorte que ces hypothèques pourries ne se voient pas trop.
Alors, les malfaiteurs armés dun surin ont été remplacés par les prix Nobel de la magie financière, les illusionnistes grands pontes des banques daffaires américaines. Ils ont créé des titres appelés CDO. Les hypothèques pourries ont été mélangées à dautres crédits, à des obligations et des CDS (la place nous manque pour parler des CDS, instrument financier des plus opaques, swaps entre banques dont la valeur nominale totale se situerait entre 42600 et 60000 milliards de dollars).
Les CDO ont été découpés en plusieurs tranches aux risques et aux rendements variant selon les désirs des différents investisseurs que sont les assureurs, les banques traditionnelles, les hedge funds, les trésoreries de multinationales, les fonds souverains, etc.
Et tout ce beau monde grugé dacheter ce produit toxique.
Mais ce nest pas tout. Ces transactions sont assorties dinterventions sur les marchés dérivés aux effets de levier dévastateurs et dont la complexité a depuis longtemps dépassé les limites du raisonnable. Laffaire Kerviel/Société générale qui na rien à voir avec la crise des subprimes en est une illustration remarquable.
3ème acte
Ces milliards de dollars valent maintenant zéro parce quau début de la chaîne les emprunteurs défaillants ne payent plus. Le pot aux roses a été découvert mais trop tard. Il ny a plus que des vendeurs secs de CDO.
Baisse mondiale des bourses depuis octobre 2007, faillites ou nationalisation de banques prestigieuses, sauvetage et mise sous tutelle du plus grand assureur du monde AIG, injections massives par les banques centrales de liquidités pour alimenter le marché interbancaire complètement asséché.
Toutes les banques vacillent et de grandes industries avec elles. Le marché du crédit est paralysé.
Ce sera aux contribuables de payer. A tous les contribuables. Par limpôt ou linflation.
Lirresponsabilité du système financier américain est la cause de cette crise financière qui déstabilise léconomie mondiale. Sen trouve-t-il disqualifié pour autant?