L'interview date du vendredi 21 septembre 2007, la veille de l'agression dont a été victime Marine Le Pen.
Geoffrey La Rocca : Marine Le Pen bonjour
Marine Le Pen : Bonjour
G.R : Alors cétait une semaine chargée pour le président Nicolas Sarkozy, régimes spéciaux, retraites, fonction publique, quavez vous pensé des 2 discours ?
M. P : Ah et bien écoutez je crois quil ny pas grand chose à en penser sur le plan de la communication, on est toujours dans le même système de « on sagite, on sagite » et puis comme ça on évite de laisser de la place éventuellement à la critique, mais sur le fond il y a beaucoup à en dire. Et notamment sur le régime de retraite parce-que Nicolas Sarkozy se fixe sur les régimes spéciaux parce quil sait que ça parle au peuple de droite, mais en réalité il est évident que si ces régimes spéciaux sont profondément injustes ça nest pas leur réforme qui règlera le monstrueux problème des retraites. Monstrueux problème quil a dailleurs aggravé par sa volonté de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux, sans avoir relancé léconomie et donc sans avoir relancé lemploi dans le privé. Il est évident que ces fonctionnaires contribuent au financement des retraites, et que si demain ils sont moins beaucoup nombreux le système de retraite sera alors encore plus en faillite, si tant est que rien ne soit fait pour mettre en place un système qui voit le chômage baisser.
G.R : Le ministre des Affaires Etrangères Bernard Kouchner a été interrompu cette nuit par des pacifistes lors dun discours à Washington, sur une des banderoles on pouvait lire « Bush + Kouchner = va ten guerre sans frontières », Marine Le Pen, Bernard Kouchner est-il un va ten guerre ?
M. P : Oui tout à fait évidemment, les déclarations qui ont été faites par Bernard Kouchner sont extrêmement graves sur le fond, et moi je pense que cela nest pas de la maladresse comme on cherche à nous le faire croire, je pense que cest une véritable conviction, Bernard Kouchner veut faire la guerre à lIran. Je pense dailleurs que le président de la République est très ambigu sur ce sujet, ces ambiguités avaient déjà été révélées à la fin de la campagne présidentielle, qui sont la conséquence sur lalignement de la politique américaine, et vont avoir des conséquences dramatiques si tant est quils aillent au bout de cette volonté guerrière. Vous savez je me méfie toujours des gens qui veulent lancer des guerres, quils y aillent dabord avant denvoyer de jeunes français.
G.R : Est-ce quon doit sattendre au pire avec lIran ?
M.P : Non, on doit sattendre au pire avec Bernard Kouchner.
G.R : Et pourtant le député socialiste Michel Rocard, soutient le ministre des Affaires Etrangères, « lIran pose un problème terrifiant » selon lui, alors est-ce quon se voile la face sur le programme nucléaire Iranien ?
M.P : Moi pour linstant je crois quil faut être extrêmement prudent, parce quon nous a déjà fait le coup pour lIrak, on nous avait aussi dit que lIrak avait des armes de destructions massives, on a lancé une guerre, et il faut admettre que Jacques Chirac sest bien comporté en refusant de laisser la France entrer dans cette guerre, et on voit les conséquences. La conséquence a été une population civile décimée, martyrisée, ca a été une économie ruinée, et ca a été le renforcement des éléments les plus durs des islamistes. Donc, bénéfice de la guerre en Irak : triple zéro. Guerre qui, je le rappelle, a été lancé sur des fausses accusations, les Etats-Unis commencent à être coutumiers du fait, je pense quil faut être prudent avec lIran, il faut pas être naïf mais il faut être prudent, pour linstant aucun des experts nest capable de dire que lIran pourrait avoir la bombe atomique dans des vues militaires dici de nombreuses années. Par conséquent je crois quil y a derrière ça un alignement sur la politique américaine qui me paraît remettre totalement en cause le positionnement que la France avait pris depuis déjà de très nombreuses années.
G.R : Les OGM, Laurent Wauquiez, le porte-parole du gouvernement, affirme quaucune décision nest prise pour linstant, faut-il selon vous interdire la culture des Organismes Génétiquement Modifiés en France ?
M.P : Je crois quil faut laisser la recherche seffectuer en milieu clôt, je pense quil est toujours utile dêtre prudent dans ce domaine, parce que cest vrai que nous connaissons mal les conséquences exactes que peuvent avoir les OGM sur léquilibre de la nature, et par conséquent sur la santé des humains, mais il faut continuer les recherches, parce que si nous ne continuons pas les recherches en milieu fermé, ce sont les organismes détenus par les multinationales américaines qui demain nous imposerons leurs cultures, qui ruineront nos paysans et interdiront à nos paysans de ré ensemencer puisque cest quand même ça le fondement même du droit de lagriculteur. Donc soyons prudents mais ne soyons pas non plus totalement en retrait, et surtout maintenons notre indépendance alimentaire par lintermédiaire de lindépendance de notre recherche.
G.R : La méthode Sarkozy, le président communique beaucoup, il évince même son Premier Ministre dans les médias, quen pensez-vous ?
M.P : Jen pense du mal en loccurrence surtout parce que je crois que tout ça est une série deffets dannonces, on voit bien comment fonctionne Nicolas Sarkozy, il lance un débat en essayant de créer une polémique, évidemment la gauche, qui est la plus bête du monde, se lance à sa suite, et accrédite une réforme que Nicolas Sarkozy finit par ne pas faire. Il ne faut pas être dupe de ce fonctionnement, cest vrai quil est assez désagréable avec son premier Ministre, cest le moins que lon puisse dire, il la traité purement et simplement dassistant, de collaborateur, je pense que chacun doit être à sa place, mais en même temps il veut assumer la responsabilité totale de sa politique, et bien il assumera la responsabilité totale de son échec.
G.R : Ne faut-il pas attendre un peu avant que les réformes qui ont été prises cet été et celles qui vont lêtre cet automne, rentrent vraiment en action ?
M.P : On dit que justement elles doivent être faites dans les 100 jours sinon elles ne le seront jamais. Elles nont pas été faites, je pense donc quelles ne le seront jamais. Sans compter quil y a tout de même toute une série de reniement que lon peut déjà pointer et qui sont extrêmement grave. La France a dit 3 fois « non ». Elle a dit « non » à lIrak, elle a dit « non » à lentrée de la Turquie dans lEurope, elle a dit « non » à la constitution européenne. En lespace de quelques jours Nicolas Sarkozy vient de dire quelle dirait « oui » à ces 3 possibilités puisque concernant lIrak il est pour un renforcement de la présence en Afghanistan ce qui veut bien dire quon est dans cet axe là, que concernant la Turquie, et contrairement aux grandes déclarations « je ne vous trahirais pas, je ne vous décevrais pas » et bien il est en train de trahir purement et simplement la volonté des Français de ne pas voir la Turquie entrer dans lEurope, et ses propres propos dailleurs, et évidemment concernant la Constitution Européenne, il est en train de prévoir un mini traité Européen qui est purement et simplement la constitution mais avec dautres mots pensant que les Français sont trop stupides pour sen rendre compte.