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Grèves à répétition dans les services publics contraignant le gouvernement à édulcorer sa réforme des régimes de retraite, scandales financiers illustrés par EADS et le financement des syndicats, revirements sur le Traité européen et ladhésion de la Turquie, premiers mouvements dhumeur dans une majorité de moins en moins docile
Après les premières semaines détat de grâce sannoncent déjà les années de plomb du quinquennat Sarkozy.
1 - Retraites : une réforme mal en point On va le faire et jai déjà démontré dans le passé que je nétais pas du genre à céder. Cest un Premier ministre faussement déterminé qui, sur lantenne dEurope 1, a tenté dexpliquer aux Français que la réforme des régimes de retraite se fera à nimporte quel prix. Mais de quelle réforme parle-t-on encore ? Le projet initial proposé par le gouvernement et accepté par lÉlysée prévoit un alignement en 2012 de la durée de cotisation des régimes spéciaux sur celle de la Fonction publique, soit 40 annuités au lieu de 37,5 actuellement. Cette correction dune inégalité de traitement bénéficiant à une minorité de salariés avait lassentiment de la majorité des Français. La résistance des corporatismes concernés et lépreuve de force qui en découle étaient prévisibles. Et, dans ce bras de fer qui sest déjà traduit par deux mouvements de grève, lexécutif a reculé. Dans les ultimes copies revues et corrigées remises aux syndicats par Xavier Bertrand, ministre du Travail, tous les acquis ont été préservés dune manière ou dune autre. Les conducteurs de trains qui voudraient prendre leur retraite à 55 ans (au lieu de lâge légal de 60 ans instauré par la réforme) ne subiront pas de baisse de leur pension. Ils pourront de plus souscrire à un régime complémentaire et racheter les trimestres passés en études ou en apprentissage. Dernier cadeau consenti par lélysée, ces privilèges bénéficieront à tous ceux qui auront été embauchés après le 1er janvier 2009. Drôle de rupture
2 - Affaire EADS : lÉtat voyou ? Nicolas Sarkozy qui a donné lhabitude aux Français de réagir sur tout et impose son omniprésence médiatique est resté étrangement silencieux depuis léclosion de laffaire EADS qui a éclaboussé le microcosme politico-financier. Est-ce en raison des relations privilégiées et très étroites qui lient le locataire de lélysée au financier Arnaud Lagardère, actionnaire du consortium Airbus, entendu fin octobre par la commission des Finances de lAssemblée nationale dans le cadre dune possible affaire de délit dinitiés ? Dans ce qui constitue de plus en plus un énorme scandale financier (moralement inacceptable au moment où les Français sont appelés à se serrer la ceinture), apparaît le détonant et dangereux maillage du politique et de laffairisme. La vente par Lagardère et lactionnaire allemand Daimler de leurs actions (qui leur a rapporté 2 milliards deuros) avant que ne soient officiellement connus les retards dindustrialisation de lA380 et le rachat par la Caisse des dépôts (CDC) dune partie de ce capital sent le soufre. Létat était-il au courant de la manuvre ? Et si oui, a-t-il sciemment couvert cette opération financière ? Les principaux intéressés laffirment haut et fort ? Les ministres concernés répliquent avoir appris par la presse le rachat dactions par la CDC (Thierry Breton, ancien ministre de léconomie). Nicolas Sarkozy, lui, se tait. Pour ne pas gêner celui qui lappelle son frère ?
3 - Largent bien sale des syndicats Ce qui est convenu dappeler laffaire Gautier-Sauvagnac du nom du président de lUnion des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), soupçonné de retraits de plus de 20 millions deuros, lève le voile sur le financement occulte des syndicats. Sans préjuger de ce que révéleront les enquêtes de justice en cours, se dessinent déjà en filigrane de cette affaire les liens évidents, mais longtemps cachés aux Français, entre les syndicats, le grand patronat et le pouvoir politique. Les dénégations de principe des uns et des autres néludent pas les évidences : comment des organisations syndicales ultraminoritaires (7 % de syndiqués) peuvent-elles mener un train de vie si fastueux sans lapport de fonds extérieurs ? Journaliste et écrivain, Jean Montaldo évente le secret : Depuis De Gaulle, Pompidou, Mitterrand
de droite comme de gauche lEtat accepte. A Matignon avant, il y avait un type destiné à gérer les relations avec les syndicats. On négociait la fin des manifestations et en même temps on parlait dargent (
). On na jamais su si ces sommes étaient versées aux organisations syndicales ou aux leaders syndicaux
4 - Turquie, traité de Lisbonne : les premières trahisons La comédie aura duré quelques mois, le temps de ne pas éveiller les soupçons des Français. La Turquie... le candidat et président fraîchement élu affirmait quelle navait pas sa place dans lEurope, cette Turquie, on la fera entrer par la petite porte, en catimini, et sans demander lavis de lopinion. Cest la dernière trouvaille de Sarkozy qui, par la bouche de son secrétaire détat socialiste chargé des affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, suggère que lon supprime larticle 88-5 de la Constitution obligeant de soumettre à référendum tout futur élargissement de lUnion européenne. Cette même volonté de passer au-dessus de la souveraineté populaire prévaut pour la ratification du traité de Lisbonne. Alors président de lUMP, Sarkozy sétait engagé, au soir de la victoire du « non » au référendum sur la Constitution européenne, à respecter le choix des Français. Aujourdhui locataire de lélysée, il choisit la voie parlementaire, sans risque, et contre lavis de lopinion qui, à une forte majorité (61 % selon une enquête CSA), se déclare en faveur dune ratification par référendum.
5 - La comédie du divorce Partie en 2005, Cecilia Sarkozy est revenue le temps dune campagne présidentielle jouer le rôle dépouse modèle, pour enfin divorcer quelques mois plus tard. Ce qui devait être une affaire privée a été complaisamment exploité et étalé sur la place publique. Non sans arrière-pensés politiques de la part de Nicolas Sarkozy qui a officialisé son divorce le jour de la grève des transports publics. Femme publique ou épouse dun homme public ? La frontière aura été souvent floue. De son intervention dans la libération des infirmières bulgares à son refus de sen expliquer devant la représentation nationale, Cecilia Sarkozy aura toujours nié vouloir jouer un rôle politique. Mais ne fut-elle pas, dès son entrée à lélysée, pourvue de deux conseillers dont un aux affaires diplomatiques ?
6 - Un pouvoir dachat plombé Gagner plus pour dépenser plus. Tel a été, pendant toute la campagne, le fil directeur du discours économique de Nicolas Sarkozy. Dans un pays où plus de 7 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté (gagnant moins de 817 euros par mois), le propos ne pouvait pas mieux tomber. Eût-il encore fallu quil soit suivi deffets. Or, six mois après lintronisation de Nicolas Sarkozy, la situation des salariés français ne sest guère améliorée. Si le président de la République bénéficie dune augmentation de 172 % de son salaire (19 331 euros), la moitié des Français gagnent moins de 1 500 euros brut, alors que, dans le même temps, les prix à la consommation ont enregistré une hausse spectaculaire : + 18,2 % pour lalimentation, + 22,1 % pour les services postaux, + 25,3 % pour la restauration, + 27,6 % pour le médecin, + 32 % pour la protection sociale, + 52,4 % pour les carburants et + 126 % pour le fioul domestique ! Les réformes promises et partiellement engagées après avoir été pour la plupart vidées de leur substance ne doivent pas masquer la situation catastrophique de léconomie française : une dette dépassant les 1 150 milliards deuros, un déficit de la Sécurité sociale de 12 milliards deuros, un commerce extérieur déficitaire de plus de 19 milliards deuros sur les sept premiers mois de lannée et des entreprises qui continuent à mettre la clé sous la porte, à linstar de la société de salaison La Bresse, qui va supprimer 128 emplois.
7 - Une majorité de moins en moins docile Le style Sarkozy ne convient visiblement pas à tout le monde dans limposante majorité présidentielle et certains ne se gênent pas pour le faire savoir. Alors que le Premier ministre appelait il y a quelques jours les parlementaires UMP à faire bloc autour de lexécutif, les premières défections se sont manifestées lors du vote des textes législatifs. Le projet de loi Hortefeux na été ainsi adopté que par 282 voix, alors que lorateur du groupe UMP, Eric Ciotti, avait promis lunanimitédes 339 députés UMP. Autre signe de lagacement des élus de la majorité présidentielle, les sénateurs UMP ont fait savoir leur refus de toute introduction dune dose de proportionnelle et dune limitation du cumul des mandats dans le cadre de la réforme des institutions. Plus frondeurs, les députés proches de Dominique Villepin ont, à linstar de François Goulard qualifié derreur le déplacement de Nicolas Sarkozy au Tchad pour ramener les journalistes et hôtesses espagnols, qui affaiblit la position de la France en Afrique. Tel un effet boule de neige, la contestation gagne aujourdhui les rangs des alliés du Nouveau Centre qui dénoncent le manque de cohérence et de lisibilité du gouvernement.
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