Ces trompe-loeil qui seffondrent, par Ivan Rioufol
Laveu : lInsee a « sous-estimé le nombre des immigrés ». Après avoir encouragé des démographes à soutenir que la France « nétait pas un pays dimmigration massive », lInstitut national de la statistique vient dadmettre mezza voce la forte « poussée migratoire » (de Turquie et dAfrique) des dix dernières années. Il y a donc eu, durablement, négation dune évidence. Or, cette révélation (Le Figaro, 24 août) indiffère. La politique du maquillage serait-elle acceptable ?
Par leur silence sur cette affaire, les médias suiveurs cautionnent un déni. Ils nont jamais mis en doute, non plus, cet autre bidonnage - déjà dénoncé ici - qui affirme que les Françaises dorigine font plus denfants que les autres européennes. En fait, lessor démographique doit « à lécart persistant entre la fécondité des femmes de souche européenne (1,7) et celle des femmes dorigine africaine ou turque (3,4) » (Jacques Dupâquier, membre de lInstitut).
À quoi bon taire ces données ? La réalité têtue est en train de simposer à ceux qui assurent aux citoyens que ce quils voient ou ressentent est une illusion. Ainsi, en annonçant lundi des aides aux plus modestes, le premier ministre a reconnu implicitement la baisse du niveau de vie, démentie par le discours unique. Le ministre de léconomie, avant lui, avait pris les devants en dévoilant lampleur du déficit de la nation et la capilotade de son modèle social.
Une construction en trompe-lil, destinée à camoufler le visage du pays, seffondre sous le poids des faits. Depuis lépoque où Lionel Jospin niait la violence urbaine pour ny voir quun franchouillard « sentiment dinsécurité », les élites nont pas fini davaler leurs chapeaux. Léchec du pédagogisme, le ressentiment ethnique, la menace sur la biodiversité, sont de ces tabous que ne pourra plus soutenir longtemps la berceuse du « Tout va bien ».
Lopération vérité, notre glasnost, ne fait que commencer. Elle interpelle ceux qui ont encouragé ces désinformations, propagandes, censures, dignes de lex- URSS. De ce point de vue, les éléphants du PS, à La Rochelle le week-end dernier, se sont tous accommodés - avec dautres, à droite - de ce monde coupé de la vie des gens. Aussi ne sont-ils plus les mieux placés pour réclamer la confiance des Français trompés.
Toutes les vérités... Que Lionel Jospin sannonce disponible pour la présidentielle montre que lancien candidat socialiste na rien compris de lexaspération des Français, révélée par le 21 avril 2002 puis leur rejet du référendum du 29 mai 2005. Beaucoup ne veulent plus de ces ténors qui, malgré leur expérience, ont participé à la grande menterie nationale. Même si, au PS, Laurent Fabius a le mieux deviné lirascibilité des électeurs en soutenant le non, force est de constater que son profil appartient aussi au régime rejeté. En ayant compris le désir du peuple de rompre avec un système incapable de penser le réel, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont les bonnes cartes pour représenter leur camp, malgré leur appartenance au sérail. En cela, le PS ferait une erreur en ne désignant pas, en dépit de ses réticences, celle que lopinion a choisie pour la gauche.
Autre dissimulation Autre exemple de dissimulation, avec lislamisme. Débattre de son emprise sur une partie des musulmans français reste périlleux, bien que 46 % dentre eux se définissent par la religion contre 42 % par la nationalité (Le Monde, 29 août). Quant à la responsabilité de cette idéologie conquérante dans linsécurité mondiale, elle est noyée dans une démagogie compassionnelle. Lundi, Jacques Chirac a estimé : « Se profile un danger majeur, celui du divorce entre deux mondes, Orient contre Occident, Islam contre Chrétienté, riches contre pauvres ». Mais les musulmans dIrak ou dAlgérie sont les premières victimes du djihadisme.
Ce nest pas lIslam qui soppose à lOccident, mais un totalitarisme mortifère à des hommes libres. En laissant deviner une responsabilité partagée de lOccident qui aurait les clefs de la paix, Chirac se montre moins clairvoyant que George Bush quand il déclare, le 10 août : « Notre pays est en guerre contre les fascistes islamistes ». Quattend la France, qui a su désigner le Hezbollah comme agresseur dIsraël, pour soutenir cette autre évidence ? La gaffe de Philippe Douste-Blazy, reconnaissant à lIran un rôle de « stabilisation dans la région », a révélé laveuglement.
Si les belles âmes saffolent de la moindre secte nord-américaine, elles roupillent devant la puissante secte apocalyptique qui enflamme les enturbannés de Téhéran et manipule les foules. Ces gourous, persuadés de former « La meilleure Communauté » (sourate III verset 110), attendent la proche venue du douzième iman, Madhi, pour qui le président iranien Ahmadinejad aurait demandé au Guide suprême délargir les rues de Téhéran ! Ce sont ces illuminés qui terrorisent les « mécréants », veulent la bombe atomique et rêvent de rayer Israël de la carte.
Raisonner ces gens-là ? La guerre Le discours anesthésiant aimerait faire croire (toujours ce souci de sous-évaluer) en une parcellisation des conflits et de leurs motivations. Mais cest bien un seul et même djihad qui menace les démocraties, Israël en première ligne. Une preuve : alors que le Hezbollah chiite propulsait du Liban, cet été, ses missiles sur létat hébreu, il conseillait, à Gaza, le Hamas sunnite tandis qual-Qaida lançait « Go now ! » à ses terroristes de Grande-Bretagne, prêts à faire sauter une dizaine davions de ligne : opération déjouée par les Britanniques le 10 août. Autant dépisodes de la 3 ème guerre mondiale.