Monsieur le Ministre,
En tant que Français, je tiens à vous dire mon indignation devant ce que jai vu et entendu dans le journal télévisé dhier soir ; et en tant quancien professeur, mon soulagement de ne plus exercer sous votre « autorité ».
Si je comprends bien, vous vous êtes précipité à Montpellier et Agde, vous avez parcouru plus de 1.500 Km aller et retour, en gaspillant du kérosène et en produisant du CO2 pour aller voir quelques dizaines de graffiti sur les murs dun collège. Quen pense votre collègue Jean-Louis Borloo ? Moi qui ai plus de temps libre que vous, je fais rarement 400Km en voiture pour aller admirer des chefs duvre au Grand Palais. Auriez-vous attrapé la bougeotte sarkozienne ?
A ma connaissance, les téléspectateurs ne vous voient pas souvent vous déplacer dans les zones occupées pour exprimer votre indignation et votre compassion aux pauvres « souchiens » contraints de vivre entre des murs décorés de « NIKE LA FRANSSE », « FUCK LES KEUFS », « MORT AUX FROMAGES BLANCS / FACES DE CRAIE», « FUCK JESUS » et autres mondanités du même tonneau. Je nai jamais entendu parler de la moindre mesure gouvernementale contre les rappeurs qui diffusent à grande échelle les pires injures racistes et appels au meurtre ; ni contre les maires qui font acheter leurs disques par les médiathèques aux frais du contribuable « souchien ». Si des peines de prison de 5 ans (ce quencourent, paraît-il, les auteurs des graffiti du Collège Cassin) ont jamais été prononcées contre toute cette racaille, cela a échappé à ma vigilance. Pouvez-vous mexpliquer ce qui fait la différence ?
Depuis lépisode comique de la propriété Christian Clavier, on a décidément limpression de deux lois « républicaines » appliquées à la tête du client. Car on se demande en vertu de quelle loi on na jamais limogé les préfets qui laissent envahir les propriétés dagriculteurs nullement consentants par des hordes de milliers de dégénérés drogués, à loccasion des « teknivals ». La cerise sur le gâteau (qui a, indirectement, motivé ma décision de vous écrire) a été dentendre, ce matin, quun président de tribunal avait osé reporter une audience après le Ramadan, à la convenance du prévenu !!! Où est la république laïque dont se gargarise Monsieur le Recteur Nique (ou Niqué, je ne sais pas,je ne lai vu quen lettres capitales) ?
La vérité est quon étouffe dans ce pays où seuls les indigènes, blancs, chrétiens, hétérosexuels, mariés et autres parias nont pas droit au dérapage. Ce que vous avez vu à Agde est de mauvais goût et répréhensible, certes ; mais cest du vandalisme, pas plus. Tout comme les graffiti que je cite plus haut. Le reste relève du délit dopinion, apanage des régimes totalitaires (si la 5ème République en est devenu un, prévenez-nous ; cela désengorgera la 17ème Chambre Correctionnelle). Et ces vandales expriment une exaspération bien réelle qui monte des profondeurs du pays, une réaction à des seuils de saturation largement dépassés, et sur lesquels je ne métendrai pas, conscient des limites de ce quon nomme encore notre « liberté dexpression ». Mais jai entendu dire que « gouverner, cest prévoir ». Il serait peut-être temps de se poser les bonnes questions.
Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à lexpression de mon profond respect pour votre fonction.
Jean-Luc Léopoldi
Professeur certifié dAnglais