Peter Mandelson répond à Nicolas Sarkozy
mercredi 2 juillet 2008
Le commissaire européen Peter Mandelson navait pas répondu, ni fait répondre, aux précédentes attaques de Nicolas Sarkozy, concernant les négociations de lOMC, ou le référendum irlandais (quand il a accusé le commissaire davoir une part de responsabilité dans le non).Après les nouvelles attaques de lundi soir sur France 3 (reprenant textuellement ce que Sarkzoy avait déjà dit sur le sujet : « Je ne laisserai pas faire », etc.), le porte-parole de Mandelson a réagi, et Mandelson lui-même sest exprimé, se disant « déçu » par ces attaques « fausses et injustifiées ». Et il nest pas allé hier soir au dîner de lElysée, prétextant quil devait être aujourdhui à Marseille, mais laissant ses proches dire quil nétait pas mécontent davoir un prétexte pour être absent de ce dîner. La réponse de Sarkozy est pitoyable : « Il doit certainement être ravi de la publicité que je nhésite pas à lui faire quand je suis en désaccord avec lui. »
Ainsi le premier jour de la présidence française de lUE a-t-elle été marquée par le Non du président Kaczynski et une polémique majeure entre le commissaire au Commerce et le président du conseil européen. Cela est excellent.
Les Français voient quon leur a menti sur les 19 pays qui ont ratifié le traité de Lisbonne. La veille, ils avaient appris que lAllemagne non plus ne lavait pas ratifié. Et les propos de Lech Kaczynski, après ceux de Vaclav Klaus, installent peu à peu lévidence que le traité est caduc.
Dautre part, on se garde bien de dire aux Français que les gouvernements nont aucune prise sur les négociations de lOMC, qui sont du ressort exclusif de la Commission européenne. Tant Sarkozy que le Premier ministre irlandais tentent de faire croire quils peuvent opposer leur veto (« Je ne laisserai pas faire », martèle notre président). Mais les Français commencent à comprendre que cest faux, quand ils voient le porte-parole de Mandelson parler comme ayant une autorité supranationale, et quils constatent que le commissaire européen renvoie Sarkozy dans les cordes, montrant quil ne discute pas avec le président français, fût-il président du conseil européen, mais avec Pascal Lamy, directeur de lOMC et ancien commissaire européen.
La prestation télévisée de Sarkozy a été remarquable. Il a voulu montrer que lUnion européenne allait pouvoir apporter aux Européens, et spécialement aux Français, des avantages concrets. Or, sur chaque sujet, comme la souligné Jean-Marie Le Pen, il montrait en réalité quil narriverait à rien puisquil fallait dabord convaincre ses partenaires, et que sur tous les sujets évoqués les partenaires nétaient pas daccord. Ce que le correspondant à Bruxelles de The Economist dit en termes ironiques (cités par Henri Védas) : « La plupart des propositions que M. Sarkozy a faites lors de linterview ont à peu près autant de chances dêtre satisfaites par ses pairs européens et la Commission européenne à Bruxelles quen aurait un convive demandant un verre de lait lors dun dîner français. » Et cela va se voir très vite.
Jean-Marie Le Pen disait hier que les contorsions de Nicolas Sarkozy ne changeront rien au fait que le traité est caduc. On na pas fini de voir les contorsions de Sarkozy, de ses ministres et des apôtres de lEurope supranationale, qui rivalisent de langue de bois dans les débats audiovisuels.
Mais tout cela se voit désormais comme le nez au milieu de la figure. Il y a eu une première grande prise de conscience lors des référendums de 2005. Le référendum irlandais a été loccasion dune nouvelle prise de conscience. On a franchi une nouvelle étape. Le vent ne souffle plus en direction du super-Etat européen, mais vers lEurope des peuples. Quand on voit je ne sais plus quelle sous-ministre, hier soir, affirmer que « 19 peuples ont dit oui et quun seul a dit non », et quil faut « respecter la démocratie » (par exemple, mais il y en aurait tant dautres), on se dit quils sont en train de perdre la partie.
Chacune de ces contorsions les rend un peu moins crédibles. Ils sont comme dans un de ces pièges qui se referment inexorablement et de plus en plus chaque fois que celui qui y est pris fait un nouveau mouvement.
Je ne crois pas que je prenne mes désirs pour des réalités. Je crois que quelque chose a vraiment changé. Et jattends goulûment leurs prochaines erreurs
Yves Daoudal