Nous apprenons avec soulagement que Pierre Péan et son éditeur Claude Durand viennent dêtre relaxés par la 17e chambre du Tribunal correctionnel de Paris.Pénible parce quil nest jamais agréable de voir des gens aussi insoupçonnables que Péan et Durand traînés devant les tribunaux pour incitation à la haine raciale. La cour a balayé cette infamie dune relaxe pure et simple (tout comme laccusation conjointe de diffamation) et cest très bien comme ça.
Mais laffaire était aussi curieuse, et à plus dun titre. Cest SOS-Racisme qui est à lorigine de la campagne anti-Péan, puis du procès qui sen est suivi, constamment soutenue et relayée par lUEJF, lUnion des Etudiants Juifs de France. On se serait attendu à ce que lEtat rwandais, très attaché à réécrire de façon univoque lhistoire des massacres de 1994 et du rôle supposé de la France dans laffaire, aurait été partie prenante au procès ou aurait au moins téléguidé, comme cela se fait couramment, une association croupion pour se faire représenter. Cela na pas été le cas ou, plutôt, cest SOS qui tenait ce rôle.
Quant à lUEJF, on a beau savoir quelle entretient des relations plus quétroites avec SOS-Racisme, et donc, de fait, avec certains dirigeants du PS, on se demande vraiment ce quelle allait faire dans cette aventure. Ou plutôt on se le demandait jusquau 2 septembre dernier, date à laquelle son ancien président Benjamin Abtan, sest livré à un exercice particulièrement abject devant le tribunal. Nous sommes au deuxième jour du procès et Benjamin Abtan pense avoir trouvé larme absolue contre Péan et Durand. Il déclare avoir tenté de remplacer le mot tutsi par juif dans louvrage de Pierre Péan, et navoir pu sempêcher de faire le lien avec Mein Kampf. Daprès lAFP lancien président de lUEJF, a par ailleurs affirmé avoir rencontré des rescapés des massacres rwandais qui étaient saisis de peur à lévocation du nom de Pierre Péan, une émotion qui dans les références qui sont les miennes ne peuvent que me rappeler leffet du nom Faurisson sur les rescapés de la Shoah.
Voilà donc à quoi servait lUEJF dans ce dispositif : à exciper de sa raison sociale juive pour poser léquation : Rwanda = Shoah, et donc Péan = négationniste = raciste. Partant de là, la cour savait ce qui lui restait à faire On sait que le tribunal a préféré ramener ces accusations à de plus justes proportions, cest-à-dire à néant.
Nempêche, ces procédés inqualifiables, de banalisation, dinstrumentalisation et quasiment de prostitution de la Shoah, en disent long sur la moralité de leurs auteurs et la bêtise ne saurait être une circonstance atténuante. Elles en disent long aussi sur la contre productivité absolue dune certaine hystérie mémorielle et judiciaire, dont lextinction nest pas à lordre du jour. Dailleurs, dans cette affaire, SOS-Racisme a annoncé son intention de faire appel. Une déclaration un rien imprudente, à mon avis, au vu du dossier, Dominique Sopo et ses amis feraient mieux den rester là, et cest sûrement ce quils feront, même sils affirment pour linstant linverse.
Ce ne serait pas la première fois que SOS-Racisme fait lexact contraire de ce quelle dit vouloir faire, comme le prouve amplement son seul nom