Tel un ovni débarquant sur la planète France, Nicolas Sarkozy na pas hésité à accuser les institutions françaises précédentes de faute morale, quant à la non-commémoration, jusqualors, de ce massacre.
Le président Sarkozy serait-il donc plus moral que ses prédécesseurs ? Aurait-il une éthique quaucun des précédents présidents français depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale naurait jamais eue ? Pouvons-nous le croire quand il affirme que la guerre au terrorisme doit continuer, sous-entendant un appui inconditionnel à la politique états-unienne menée suite aux attentats du 11 Septembre ?
Plusieurs éléments semblent indiquer le contraire. En effet, dans lémission Le Dessous des cartes, sur le terrorisme global ou local, le spécialiste Jean-Christophe Victor est clair : le concept même de terrorisme global ou de guerre contre la terreur qui est défendue par ladministration américaine est faux. Cest une idéologie mobilisatrice, mais inadaptée, ni comme pensée politique, ni comme stratégie militaire. On ne peut pas vouloir faire en même temps la guerre à Al-Qaïda, aux talibans, au Hezbollah et à lIran en pensant quil sagit du même ennemi, et cest pourtant bien la position adoptée et par ladministration américaine et par le service de communication élyséen incarné par Sarkozy, prônant notamment lidéologie dune famille occidentale dont les intérêts communs prévaudraient au reste du monde Et malgré cela, des journalistes opèrent dans leur entreprise de véritables propagandes de guerre, à limage de cet édito vidéo de Christophe Barbier (directeur de la rédaction de LExpress), au regard duquel on peut se demander quelle légitimité on peut bien accorder à une moralité encourageant les actes de guerre et ces crimes associés. La guerre a-t-elle jamais créé la paix, et dautant plus lorsquelle est clairement basée et de manière documentée sur de fausses idéologies ? La légitimité même de la guerre dans le monde, légalisée par des conventions, nest-elle pas elle-même à questionner ?
Et par ailleurs, la moralité de M. Sarkozy est-elle à ce point extraordinaire pour tenir des discours aussi moralisateurs que celui tenu à Maillé en Indre-et-Loire, ce lundi ? Un président qui récemment accusait les responsables militaires damateurisme, ou qui ne cachait pas sa nervosité lors du discours dhonneur aux soldats morts pour la France en Afghanistan, aurait-il une relation bien saine avec ce corps de métier ? Il semble effectivement que le rapport du chef de lEtat français à larmée soit assez paradoxal. En effet, à plusieurs reprises, y compris pendant la campagne présidentielle de 2007, le président Sarkozy, alors candidat, expliquait que son grand-père maternel avait combattu pour la France pendant la Première Guerre mondiale. Or, une investigation journalistique professionnelle dément ces informations dans une biographie publié en septembre 2006 : Les Sarkozy, une famille française par Pascal Nivelle et Elise Karlin, aux Editions Calmann-Lévy.
« Oui, je suis un enfant dimmigré, fils dun Hongrois, petit-fils dun Grec né à Salonique, qui sest battu pour la France pendant la Première Guerre mondiale. » - Nicolas Sarkozy, 10 avril 2007, Tours, meeting davant premier tour de lélection présidentielle.
« Jai été élevé par mon grand-père, je laimais passionnément. Il avait fait la Première Guerre, et il avait eu peur, lui le Juif de Salonique, de la Seconde Guerre mondiale. » - Nicolas Sarkozy, 3 mai 2006.
Elise Karlin, alors journaliste à LExpress, et Pascal Nivelle, correspondante en Chine pour le journal Libération, relataient dans leur livre dinvestigation une information complètement différente concernant Bénédict Mallah, grand-père maternel de lactuel président de la République. En effet, selon cette enquête réalisée à partir dinterviews de la famille Sarkozy, page 64, le grand-père maternel du président de la République na pas servi pour larmée française lors de la Première Guerre mondiale, car échappant à la mobilisation de justesse en tant que soutien de famille.
Un président qui aurait menti sur les services darmes de son grand-père aurait-il la légitimité de faire la morale sur des services de faits darmes, ou aux militaires engagés malgré eux dans des conflits dont les intérêts en jeu sont loin dêtre clairs ? Interrogé par courriel sur cette contradiction officielle, le service de communication des Editions Calmann-Lévy na pas souhaité donner suite à la confirmation de cette contradiction flagrante entre le discours du candidat Sarkozy et ces informations, pas plus que les auteurs concernés. Il est à noter toutefois que lune des deux journalistes, Elise Karlin, a depuis été nommée journaliste pour le magazine politique Entre les lignes, sur la chaîne Public Sénat.