Les ministres des Finances de lUnion européenne se sont réunis à Nice pour débattre de la proposition de la Commission, qui a suggéré de laisser les Vingt-Sept libres de réduire le taux de TVA sur les services à haute intensité de main duvre pour peu quil ny ait pas de perturbation de la concurrence.
Comme il lavait annoncé, le ministre allemand, Peer Steinbrück, a réaffirmé tout le mal quil pensait de cette idée et le seul point de consensus a été de demander à lexécutif européen de présenter en octobre de nouvelles études dimpact.
Pour lAllemagne, la directive nest à lordre du jour, je ne laccepterai pas, a-t-il déclaré en se disant extraordinairement sceptique sur cette proposition.
Selon lui, on ne connaît pas les effets dune telle mesure sur le marché du travail ou la consommation, et il est douteux que les entrepreneurs qui bénéficieraient dun taux réduit, dont les restaurateurs, en fassent bénéficier leurs clients.
LAllemagne estime en outre quune réduction de recettes fiscales serait malvenue au moment où le ralentissement économique risque de creuser les déficits budgétaires.
Peer Steinbrück a expliqué que lAllemagne perdrait en année pleine 12,5 milliards deuros de recettes si elle réduisait la TVA sur les biens et services concernés, et a extrapolé le montant à 100 milliards deuros pour toute lUnion européenne.
OBSTRUCTION TOTALE
De source allemande, on estime que dautres pays - les Etats baltes, le Danemark, la Hongrie, la Roumanie, lAutriche - partagent le scepticisme de Berlin sur ce dossier.
Les participants à la réunion ont été frappés par la détermination allemande sur un dossier important pour Paris.
Un feu vert européen permettrait à Nicolas Sarkozy dhonorer sa promesse faite aux restaurateurs de baisser la TVA de 19,6 à 5,5 %, tout comme lavait promis avant lui son prédécesseur Jacques Chirac.
Cétait un débat difficile, a résumé le ministre belge des Finances, Didier Reynders, à lissue de la réunion.
Un autre participant a expliqué que Peer Steinbrück avait tapé du poing sur la table en ressortant les vieux arguments. Les Allemands sont dans lobstruction totale.
Or, la décision doit être prise à lunanimité et la position de lAllemagne, qui craint dêtre soumise à la pression de ses propres restaurateurs si elle cède à la revendication française, nest pas de bon augure pour un compromis sur ce dossier.
Les partisans de la mesure ont fait valoir leurs arguments. Pour Didier Reynders, cela permettrait de lutter contre le travail au noir, puisquun entrepreneur aura moins intérêt à y recourir si le gain escompté est faible.
UNE QUESTION DE JUSTICE
Le commissaire européen à la Fiscalité, Laszlo Kovacs, a rappelé quil ne proposait pas dobliger les Etats membres à baisser leur taux de TVA, mais simplement de leur laisser la liberté de faire appel à cette possibilité.
Il sagit en outre dune question de justice, a-t-il dit.
Onze Etats membres, comme le Portugal et lEspagne, sont en effet autorisés à appliquer un taux réduit dans la restauration parce que celui-ci était déjà en vigueur lors de leur adhésion à lUE. La rénovation de logements en France ou les vêtements denfants en Grande-Bretagne sont autorisés à appliquer un taux réduit par rapport au taux minimum normal de 15 % en vigueur dans lUnion européenne en vertu dune dérogation.
Personne ne peut fournir des arguments pour justifier une telle situation, a-t-il ajouté en précisant quil voulait mettre de lordre dans la jungle des taux.
La France entend néanmoins remettre ce dossier sur la table en novembre sur la base des études dimpact de la Commission.
Cest un débat important que nous souhaitons mener à son terme, a expliqué la ministre française de lEconomie, Christine Lagarde, démentant que la France soit satisfaite de voir ce dossier enlisé.
La mise en uvre dune TVA réduite sur la restauration coûterait en effet au budget français quelque 3 milliards deuros par an, ce qui nest pas négligeable au moment où les autorités françaises voient les déficits se creuser.
NDLR : On rappelle que cétait une promesse de campagne de Nicolas Sarkozy, et avant lui de Jacques Chirac. Or les vingt-sept Etats de lUnion européenne, réunis ce week-end à Nice, nont pas pu se mettre daccord : lAllemagne y a opposé un refus catégorique et les Etats baltes, le Danemark, la Hongrie, la Roumanie et lAutriche ont exprimé leur scepticisme. Nicolas Sarkozy savait très bien quil en serait ainsi mais sans scrupules, il a fait de cette baisse de la TVA, un argument de campagne.
Voilà ce qui arrive lorsque nous cédons notre souveraineté et en particulier notre politique fiscale à lUnion européenne. Il faut maintenant laccord de dirigeants étrangers pour fixer le montant des impôts que nous appliquons dans notre pays. Une raison de plus pour voter, lors des prochaines élections européennes de juin 2009, pour ceux qui veulent redonner à la France et au peuple français, le véritable pouvoir de décision qui lui revient.
Un petit rappel de la promesse de Nicolas Sarkozy en vidéo :