Cela fait plus de 6 mois que les autorités algériennes commencent à appliquer la loi religieuse sur les cultes non-musulmans. Par dizaines, des communautés chrétiennes se voient notifier un avis de fermeture, surtout en Kabylie, et à titre personnel divers chrétiens sont poursuivis à cause de leur foi. Ces persécutions affectent toutes les églises du pays
La population est attachée aux chrétiens, mais la répression et surtout le terrorisme ont installé un climat de peur et de crainte.
Deux responsables déglise nous en disent plus. Pour des raisons de sécurité, nous nindiquons pas leurs noms et prénoms, juste leurs initiales.
eemni : S. et A., vous vivez un moment crucial dans votre pays : depuis le début de lannée sapplique une loi religieuse concernant les cultes non-musulmans en Algérie qui réduit considérablement votre marge de manuvre. Vos communautés respectives ont fait lobjet dune fermeture en attendant leur homologation par les autorités. Je résume la situation
A : Oui, en ce moment même, beaucoup de communautés ne fonctionnent pas, cest-à-dire quelles norganisent plus leur culte hebdomadaire à cause des notifications de fermeture envoyées par les services de la Préfecture, des Sous-Préfectures et des Commissariats. Les autorités surveillent étroitement les communautés, celles qui travaillent, celles qui ne travaillent pas. Voilà, maintenant nous nen savons pas plus.
eemni : Et parallèlement, vous déposez les statuts de vos communautés respectives espérant obtenir incessamment sous peu cette fameuse autorisation dexister au grand jour ?
S : Oui, cest notre véritable espoir en Dieu, cest vrai. Pour notre communauté, il ma fallu courir 18 fois, 35 km à chaque fois, pour aller à la Préfecture. A la 18e fois, la Direction régionale administrative a accepté le dépôt du dossier mais nous a prévenus quil serait transmis au Ministère des Affaires religieuses à Alger.
A : Les autorités ont demandé aux communautés de cesser leurs activités, de se régulariser, mais jamais jusquici les autorités nont donné de direction claire sur le processus de régularisation à suivre, puisquil ny a actuellement aucun service sur le territoire national habilité à procurer ce genre dautorisation.
S : Jajoute quon nous a laissé entendre que cela dépassait les compétences de la Préfecture.
eemni : On peut craindre, on peut même redouter des réactions négatives de la part des autorités ? Vous ne tirez pas cette conclusion aujourdhui ?
A : Si lAlgérie était un pays isolé, les services de répression auraient déjà commencé leur travail. La proximité de lAlgérie avec lEurope et en plus la vitesse de circulation de linformation freinent lEtat algérien à faire usage de moyens de répression comme il en a lhabitude.
eemni : On a bien compris votre attitude et le choix des communautés méthodistes, à savoir le respect des autorités. Vous entreprenez diverses démarches dans lespoir dêtre reconnus de la part des autorités. Il y a aussi chez vous, plus ferme que jamais, la volonté de vivre votre foi dans ce pays, dans le respect de la culture, de la religion dominante, dans le respect des personnes ?
A : Oui, cest vrai, nous navons jamais cherché à cultiver lagressivité. En règle générale, sur les lieux mêmes où nos communautés se réunissent, nous entretenons dexcellentes relations avec la population.
eemni : Dun côté, il y a les autorités et leurs dispositions qui compromettent la vie au quotidien de chaque communauté chrétienne et de lautre il y a la perception de la population. Vos voisins, quest-ce quils en disent ? Comment le vivent-ils ? Jettent-ils sur vous un regard suspicieux ou au contraire vous respectent-ils ?
S : La population est attachée aux chrétiens, mais la répression et surtout le terrorisme ont installé un climat de peur et de crainte. La peur et la crainte demeurent toujours dans le cur des personnes. Mais si ces personnes en étaient libérées, lévangélisation en Algérie, surtout en Kabylie, toucherait la majorité de la population.
eemni : Quest-ce que vous dites à ceux qui prétendent que vous lavez cherché, que « vous faites du prosélytisme » ?
A : Nous ne sommes pas plus prosélytes que Jésus, cest-à-dire que nous répondons à ceux qui nous en font la demande. Si quelquun vient nous poser des questions sur les lieux de notre église, évidemment que nous nallons pas nous cacher, mais nous ne faisons pas de prosélytisme sur la voie publique.
eemni : Une chrétienne a été traduite devant un tribunal, au seul motif quelle était chrétienne. Est-elle un cas isolé, la seule à qui est reprochée son passage de lislam au christianisme ?
A : Dautres procès sont en cours pour les mêmes motifs. En fait, les autorités ont pour objectif de faire un barrage à ce souffle, à ce mouvement de lEsprit. Elles sen prennent à quelques-uns, pensant décourager les autres. En fait, cest le contraire qui est en train de se produire, parce quil y a un courant de sympathie qui est allé bien au-delà de nos frontières.
eemni : A ceux qui nous lisent, quel appel lanceriez-vous à ce jour ? Que nous dites-vous, à nous qui vivons dans des pays plus aisés et libres ?
A : Je pense que les problèmes spirituels existant en Algérie ne sont pas inférieurs à ceux qui existent dans les pays dEurope. Chaque pays a ses problèmes. Jespère aussi que les chrétiens de partout prendront conscience de lenjeu du combat qui se joue chez nous, et prendront leur responsabilité dans la prière, surtout dans la sensibilisation des communautés et des familles à tous les niveaux. Je pense quil appartient à tout le corps du Christ de se mettre en mouvement.
Interview réalisée à Bâle le 29 juin 2008